À l’occasion de sa conférence annuelle, l’Association des Alumni et ami.es de la Maison Française d’Oxford (AMFO) et la MFO ont le plaisir de vous convier à une après-midi de rencontres et de discussions autour de l'histoire de la MFO, à l'occasion de son 80ème anniversaire.
A cette occasion, Anne Dunan-Page (Aix-Marseille Université) donnera une conférence intitulée ‘Une « Maison de fous » ? La MFO au sortir de la Seconde Guerre’ et reviendra sur l'histoire parfois contrariée de notre institution.
Résumé:
En 1948, la correspondance privée d’Henri Fluchère, premier directeur de la Maison française d’Oxford, adressée à son amie Odette de Mourgues, offre un témoignage sur les difficultés des débuts de l’institution. Il y décrit la Maison française comme une « Maison de fous » et une situation personnelle et professionnelle éprouvante : endeuillé par la disparition de son épouse en 1947, préoccupé par l’avenir de sa fille, accablé par une charge de travail qu’il ne parvient pas à limiter, Fluchère envisage alors de renoncer à ses fonctions.
Cette image contraste fortement avec celle que donnent ses échanges officiels avec l’ambassadeur René Massigli et son conseiller culturel René Varin, ou encore les autorités de la Sorbonne, qui mettent en avant les premiers succès de la Maison française dans un environnement académique favorable. Ce décalage souligne la capacité de Fluchère à élaborer un discours institutionnel maîtrisé, ajusté aux attentes de ses interlocuteurs.
La présentation portera sur les années 1946-1950, période décisive pour la consolidation de la Maison française, où tout aurait pu basculer. L’institution évolue alors sous une surveillance étroite — celle de l’Université d’Oxford, de la Taylor Institution, et du Quai d’Orsay — qui limite sa marge d’action. À cette contrainte s’ajoute une concurrence directe avec la création de St Antony’s College, financé par l’homme d’affaire Antonin Besse, sur lequel certains envisagent de concentrer les efforts français.
Dans ce contexte incertain, la pérennité de la Maison française est loin d’être acquise. Des doutes s’expriment ouvertement quant à sa survie, tandis que circulent déjà des candidatures en vue de remplacer Fluchère dans l’hypothèse d’un transfert de ses missions.
À partir de fonds d’archives conservés en France et au Royaume-Uni, cette communication se propose d’analyser les conditions qui ont permis, en quelques années, non seulement le maintien de l’institution, mais aussi son affirmation durable dans le paysage universitaire britannique. Comme le soulignera plus tard Jean Chauvel, la Maison française d’Oxford deviendra « la plus payante de nos entreprises culturelles en Grande-Bretagne ».
Anne Dunan-Page est professeure d’histoire britannique du début de l’époque moderne à l’Université d’Aix-Marseille et membre du Laboratoire d’études et de recherche sur le monde anglophone (LERMA, UR 853). Elle dirige la Maison de la Recherche, un consortium de recherche au sein de la Faculté des lettres et sciences humaines. Spécialiste de l'histoire de la Maison Française d'Oxford, elle publiera en fin d'année 2026 La Bataille d’Oxford. Une histoire de la Maison Française de 1946-1970 (Paris, Sorbonne Université Presses).