Agnès Parmentier (Paris-Saclay/Harvard Univesity, CHCSC) & Jean Sanchez (CRIGEN)
As part of the ‘Céleste. Savoirs et cultures du ciel’ Seminar
Convened by Elsa Courant (CNRS/CELLF), Laurence Guignard (UPEC/CRHEC), Florian Mathieu (projet ANR ArchiFlamm/IMJ-PRG), and Jennifer Vanz (UPEC/CRHEC)
Agnès Parmentier (Paris-Saclay/Harvard Univesity, CHCSC)
EN
This paper examines the early nineteenth‑century vogue for fictional astrologers, distinguishing two major uses of the figure and situating them within the broader field of research on relations between esotericism and literature. In the historical novel, the astrologer is demonised as an old Italian man perched at the top of a tower, a polymathic scholar who is at once astronomer, magician and court adviser. His narrative function is to mark a pre-modern “before” and to embody a bygone stage in the history of belief, set against a nineteenth century that presents itself as rational. In the realm of imaginative fantasy and the fantastic, the same type is freed from the constraints of historical reconstruction and becomes a picturesque figure with fluid, ambiguous features, part wizard, part scholar, part alchemist. Despite these differences, the persistence of shared traits among these astrologers indirectly points to a set of broader questions about national identities and about the intertwined histories of belief and scientific knowledge.
FR
Cette communication porte sur la vogue des astrologues de fiction au début du XIXe siècle en distinguant deux usages majeurs de la figure, replacés dans le cadre plus général des études sur les liens entre ésotérisme et littérature. Dans le roman historique, l’astrologue est diabolisé en vieil homme italien perché en haut d’une tour, savant polymathe à la fois astronome, magicien et conseiller de cour. Son rôle dans le récit est de servir de marqueur d’un « avant » prémoderne et d’incarner un stade révolu de l’histoire des croyances, par contraste avec un XIXe siècle qui se veut rationnel. Dans la veine de la fantaisie imaginative et du fantastique, le même type est libéré de l’exigence de reconstitution historique et devient une figure pittoresque aux caractéristiques flottantes et ambiguës, mélange de mage, de savant et d’alchimiste. Malgré ces divergences, la permanence de traits communs entre ces astrologues révèle en creux des interrogations diverses sur les identités nationales, l’histoire des croyances et celle de la science.
Jean Sanchez (CRIGEN)
L’astrologie devant les magistrats : débats juridiques et savoirs contestés dans la France moderne (1560-1628)
Cette conférence analyse la comparution de l’astrologie judiciaire devant les juridictions françaises entre 1560 et 1628 afin de comprendre les modalités de son changement de statut dans l’Occident chrétien. Elle montre que la délégitimation de l’astrologie ne procède pas d’une réfutation scientifique directe, mais d’un déplacement du débat vers le champ juridique et institutionnel. Les magistrats jouent un rôle central dans ce processus en traduisant des controverses théologiques et morales en catégories de droit, faisant de l’astrologie un problème de licéité plutôt que de vérité. L’encadrement des prédictions individuelles, puis leur criminalisation, participent à une redéfinition des frontières du savoir légitime. À travers l’étude des débats parlementaires, des textes normatifs et des procès, on met en évidence les mécanismes sociaux et intellectuels par lesquels un savoir savant, longtemps intégré aux disciplines universitaires, est progressivement marginalisé. Le cas de l’astrologie éclaire ainsi la capacité du monde savant et juridique à produire une norme de scientificité par exclusion.