Isabelle Delpla, ancienne élève de l’École Normale Supérieure (Paris), Agrégée de philosophie, HDR en philosophie et en science politique, est Professeure de philosophie à l’Université Jean-Moulin-Lyon 4 et membre de l’IrPhiL, chargée de mission à la Vice-Présidence recherche, après avoir été Vice-Présidente recherche de Lyon 3 de 2021 à 2024.
Ses recherches ont d’abord porté sur les relations entre rationalité et interprétation à travers une élucidation du principe de charité (Le principe de charité. Quine, Davidson, Paris, Puf, 2001) et de ses implications anthropologiques (I. Delpla, dir., L’usage anthropologique du principe de charité, Philosophia Scientiae, vol 6, cahier 2, Paris, Kimé, 2002).
Son intérêt pour les relations entre philosophie et anthropologie l’a conduite à la pratique du terrain de sciences sociales à la faveur d’une recherche entamée dans les années 2000 sur la justice (pénale) internationale et sa réception en Bosnie-Herzégovine par les victimes et leurs associations, les témoins au Tribunal pénal international et des condamnés de retour chez eux (La justice des gens. Enquêtes dans la Bosnie des nouvelles après-guerres, Rennes, PUR, 2014 ; I. Delpla et M. Bessone (dirs.), Peines de guerre. La justice pénale internationale et l’ex-Yougoslavie, Paris, Editions EHESS, 2010).
Ce terrain sur la justice internationale lui a permis de revisiter le procès Eichmann à la lumière de l’évolution de la défense des accusés dans des procès pour crimes de masse. Dans Le mal en procès, Eichmann et les théodicées modernes (Paris, Hermann, 2011), elle a ainsi montré la dépendance étroite de la banalité du mal d’Arendt envers la défense d’Eichmann et envers le schéma métaphysique des théodicées ainsi que la dimension affective de ce pseudo-concept à partir des chroniques judiciaires de l’époque.
Plus positivement, la considération de la Bosnie-Herzégovine d’après-guerre marquée par l’exil et le retour, parfois raté, des réfugiés l’a amenée à proposer un nouveau modèle de contrat social, indissociablement étatique et cosmopolitique. Sous voile d’ignorance, on ne saurait pas où l’on est, l’intérieur ou à l’extérieur des frontières de notre pays. Nous pourrions tous être à l’étranger, voire privés de territoire, si celui-ci a disparu du fait du réchauffement climatique (Du pays vide. Réfuter le solipsisme politique, Paris, Vrin, 2023).
Ses recherches actuelles portent sur la difficulté de traduire les principes de justice climatique à des échelles locales. Dans le cadre du programme Foresee (Ami SHS sur les Conséquences du changement climatique), elle codirige l’axe 3 sur les (in)égalités et (in)justices climatiques et les défis au contrat social qui vise à mettre en place un observatoire des inégalités climatiques. Elle interroge la difficulté à formuler des normes morales et existentielles d’expression de l’intolérable face au changement climatique.