La fondation

 

Officiellement créée en octobre 1946, avec une triple tutelle, l’Université d’Oxford, l’Université de Paris et le Ministère des Affaires Étrangères, le projet d’une« Maison Française » à Oxford était porté depuis plusieurs années dans les cercles académiques et diplomatiques par deux fellows de St John’s College, l’archéologue Claude Schaeffer et l’islamologue Hamilton Gibb. Leur vision était celle d’une coopération scientifique entre universitaires et étudiants des deuxpays : « il y aura chez nous et chez ‘eux’ une poignée d’hommes responsables, capables de forger les liens solides dont nos deux peuples ont besoin pour subsister dans la dignité d’une civilisation européenne vraiment vivante ».

 

1. 1940-1943: Institut, Centre ou Maison?

Lettre de Pierre Viénot à René Massigli, 8 novembre 1943 (copie) 
 © MFO - Archives MFO  

Cette lettre est la plus ancienne du fonds patrimonial de la MFO, dit « Fonds Schaeffer ». Elle est datée du 8 novembre 1943. Elle fut envoyée par Pierre Viénot, ambassadeur de la France Libre à Londres, à René Massigli, alors Commissaire aux Affaires Étrangères à Alger. Elle fait état de pourparlers en vue de la création d’un « centre d’études françaises » à Oxford. Le fonds Schaeffer, du nom du célèbre archéologue Claude Frédéric-Armand Schaeffer (1898-1982), couvre les années 1943-1950. Envoyé en Angleterre dès mai 1940, Schaeffer rejoignit par la suite les Forces Navales Françaises Libres. Docteur Honoris Causa de l’université d’Oxford et fellow de St John’s, en 1942, on sait aujourd’hui que ses activités scientifiques lui permirent de travailler à Bletchley Park. Avec H. A. R Gibb, Schaeffer est à l’origine du projet de Maison Française. Entre 1944 et 1946, il fut chargé par le Gouvernement provisoire de mener les négociations triangulaires entre Oxford, l’Université de Paris et la Direction Générale des Relations Culturelles (Ministère des Affaires Étrangères) qui devaient aboutir à la promulgation du décret de fondation de la MFO, le 22 octobre 1946. La première partie du fonds Schaeffer, baptisée les « Actes de naissance de la MFO », comprend 21 documents numérotés par Schaeffer, pour la plupart des copies de lettres retrouvées quatre ans après son décès par sa veuve, Odile Schaeffer, et offertes à la MFO. La seconde partie du fonds comprend plus de 80 documents (lettres, notes, télégrammes, budgets, rapports) permettant de retracer la naissance de la Maison.

 

 

En 1940, il avait d’abord été envisagé de créer un « Institut français à Oxford » en hommage à la culture française, menacée pendant la Guerre. Côté anglais, l’idée était portée par Alfred Zimmern (New College) et H. A. R. Gibb (St John’s) et, côté français, par Claude Schaeffer (St John’s). Tous trois eurent un entretien, en 1941, à Londres, avec René Cassin qui n’eut guère l’effet escompté puisque Schaeffer rapporta plus tard que Cassin leur aurait fait comprendre à cette occasion, qu’en échange de son soutien, le général de Gaulle s’attendrait à un Doctorat Honoris Causa d’Oxford. C’est la seule mention à de Gaulle retrouvée à ce jour dans la correspondance des années 1940 relative à la fondation de la MFO.

Les discussions ne reprirent que fin 1943 avec, cette fois, les ambassadeurs Pierre Viénot puis, suite au décès de ce dernier en juillet 1944, René Massigli. À la Libération, le projet d’un institut à vocation culturelle fut abandonné. L’Université d’Oxford, inquiète de l’ « affluence de professeurs et d’étudiants étrangers, d’étudiants de l’Empire, et des États-Unis », mettant en péril « son caractère anglais et d’université destinée d’abord aux Anglais », se méfiait des influences étrangères. L’idée d’un rapprochement avec la France survécut, non plus à travers un institut mais à travers une institution académique nommée « Centre d’Études Françaises », ou « Centre d’Études Français », ou « Centre Français d’Études », consacrée aux institutions britanniques. C’est alors la création d’un college ou « hall français » ou « French House », à part entière, qui fut envisagée, college composé uniquement de postgraduates. Or après l’idée d’un institut, celle d’un college fut, à son tour, abandonnée, en faveur d’un « centre social et de documentation », sans mission d’enseignement. Le terme House/Maison –référence aux fonctions résidentielles des colleges d’Oxford et de Cambridge – fut tout de même conservé, avec quelques hésitations entre « Maison Française d’Oxford », « Maison Française à Oxford » et « Maison de France ».

Le projet de Maison Française fut donc marqué dès son origine par une tension entre au moins trois fonctions : des fonctions culturelles (institut), scientifiques et pédagogiques (centre d’études), ou bien sociales et de service (maison). Selon Claude Schaeffer, avocat de la mission « scientifique », la MFO se devait d’être avant tout l’« ambassade de la Sorbonne à Oxford » : « La Maison ne peut et ne doit continuer à dépenser sa principale activité en [...] haute propagande culturelle. C’est là, d’ailleurs, le domaine de notre Conseiller Culturel à Londres. La Mission de la Maison et sa mission la plus éminente et la plus pressante, c’est d’attirer vers Oxford nos jeunes érudits pour qui le séjour dans cette université sera profitable et leur permettra de se créer les relations qui leur serviront dans l’avenir. » Ce n’était pas l'avis de tous. En 1948, Jean Lequiller, futur directeur de la MFO mais alors correspondant du Monde à Londres, inclut la MFO dans un article intitulé « La culture française en Grande-Bretagne » sans dire mot de son rôle de facilitateur des relations académiques. La Maison, simplement qualifiée de « charmante », y est présentée comme un pion supplémentaire dans le dispositif culturel de la France en Angleterre.

2. 1944-1945: la concrétisation

Lettre de Sir Richard Livingstone à Gustave Roussy, 12 juin 1945 (copie)
 © University of Oxford - Archives MFO

Dans cette lettre datée du 8 juin 1945, le Vice Chancellor de l’Université d’Oxford, Sir Richard Livingstone, prévient son homologue parisien Gustave Roussy, recteur de l’Université de Paris, que l’Hebdomadal Council de l’Université vient d’approuver le projet de Maison Française d’Oxford. Il y fait en outre part de plusieurs recommandations, qu’il espère que le Conseil de l’Université de Paris approuvera à son tour. La lettre préfigure la plupart des termes du décret du 22 octobre 1946. Elle ne fut cependant pas envoyée par Livingstone à Roussy, mais transmise à Claude Schaeffer, qui, de retour à Paris, devait se charger de faire l’intermédiaire : la crise, qui voyait la France et l’Angleterre se mener ce qui s’apparentait à une guerre en Syrie, empêchait, à ce moment précis, toute communication directe entre les autorités universitaires parisienne et oxonienne. La lettre illustre donc les difficultés diplomatiques qui vinrent parfois entraver l’histoire de la fondation de la MFO.

 

La deuxième moitié de l’année 1944 donna un nouveau souffle au projet de Maison Française. Après une visite de H. A. R. Gibb à Alger, Claude Schaeffer fut officiellement mandaté par le Gouvernement provisoire, le 8 septembre, pour négocier avec l’Université d’Oxford, suite à l’accord du Contre-amiral Robert, qui commandait les Forces Navales Françaises Libres auxquelles Schaeffer appartenait toujours.

Le trimestre d’automne 1944 correspondait à la nomination de Sir Richard Livingstone, fervent partisan du projet et ami de Schaeffer et Gibb, au poste de Vice Chancellor de l’Université d’Oxford (« Livingstone » était d’ailleurs le nom d’emprunt utilisé par Schaeffer à Bletchley Park). Schaeffer prit alors les premiers contacts avec Gustave Roussy, rétabli dans ses fonctions de Recteur de l’Université de Paris, qui se montra à son tour enthousiaste, pourvu que le projet reste « purement académique ».

Début 1945, Schaeffer entama donc des navettes, à présent assez précises, avec Livingstone, puis négocia un premier budget auprès de la Direction Générale des Relations Culturelles, alors dirigées par Henri Laugier. Le projet obtint finalement l’accord de l’Hebdomadal Council d’Oxford fin mai 1945, assorti de certaines suggestions : la proposition scella l’abandon définitif des deux projets d’institut et de college. La Maison serait un centre culturel et social de la Sorbonne, sans mission d’enseignement, destiné à des membres de l’université d’Oxford « intéressés par la France », Oxford accueillant en retour des étudiants français dans ses colleges.

En revanche, deux nouvelles idées se firent jour : la Maison Française devrait aussi accueillir les rencontres des associations reconnues par l’Université (societies ou clubs) et fonctionner comme un guichet dédié à la mobilité des étudiants anglais. C’est à la MFO qu’ils s’adresseraient pour trouver des renseignements sur les universités et les bibliothèques françaises, les écoles d’été et les séjours linguistiques, ou pour être mis en relation avec des familles françaises. Ces deux fonctions pourtant essentielles au départ du point de vue oxonien – accueil des clubs et centre de documentation – sont souvent oubliées dans les récits ultérieurs.

Entre mai et octobre 1945, la politique internationale vint cependant couper court à ces pourparlers. Malgré l’acceptation du projet de l’Hebdomadal Council par le conseil de l’Université de Paris dès le 23 juillet, Gustave Roussy ne répondit officiellement à Livingstone que le 1er août. Claude Schaeffer tenta entre temps de rassurer Livingstone sur le fait que « l’association entre la France et la Grande-Bretagne dans le monde » était bien plus importante que « le pétrole ou quelques bases navales et aériennes en Syrie ». Cependant, la réponse de Paris tardait. La lettre de Roussy ne repassa pas cette fois par Schaeffer mais par l’Ambassadeur René Massigli, qui attendra encore deux mois supplémentaires avant de la transmettre finalement à Livingstone, le 3 octobre.

Schaeffer contacta alors le ministre Jean Marx en plaidant la cause de la MFO, côté français : « En formant chaque année un petit noyau de vrais connaisseurs de l’Angleterre, de sa culture, de sa façon de raisonner et de réagir, vous muniriez la France d’un corps de précieux spécialistes utilisables dans le domaine diplomatique, universitaire et administratif. Vous lui prépareriez aussi de ces hommes indispensables mais jusqu’ici trop rares en France qui peuvent forger une amitié solide avec les meilleurs éléments de ce peuple insulaire, malgré les incidents qui se répèteront dans la vie courante des deux nations [...] ».

Schaeffer évoquera plus tard des raisons techniques (« technical reasons ») et Livingstone mentionnera poliment un « long retard dans le transit » (« much delayed in transit ») mais c’est bien la politique internationale qui, à l’été 1945 menaça la création de la MFO — un épisode, plus tard largement passé sous silence, afin d’entretenir le mythe d’une entente parfaite entre Paris et Oxford et d’une création rapide, efficace et quasiment sans opposition.

3. 1946: le temps des comités

Budget de la Maison Française, non daté [mai ?] 1946 
© MFO - Archives MFO

Cette ébauche de budget, écrite de la main de Claude Schaeffer, est le premier document de travail concret relatif à la mise en place de la MFO. Elle fait partie d’une note non datée, mais dont les trois sections « organisation générale », « budget » et « nomination du directeur », correspondent à l’ordre du jour de la première séance du comité directeur parisien du 15 juin 1946. Ce document existe sous au moins quatre formes différentes dans les archives de la MFO, signe de son importance : une première copie annotée de la main de Claude Schaeffer ; une deuxième copie, assortie d’un bristol d’Odile Schaeffer, qui intègre les annotations de la première copie ; une troisième copie, identique, mais au dos de laquelle figurent les commentaires d’H. A. R. Gibb sur le budget. C’est l’unique document autographe de Gibb dans les archives de la MFO. Ce dernier, loin d’avoir seulement un rôle de facilitateur, y montre une connaissance intime des considérations pratiques, techniques et financières préalables au démarrage de la MFO. Enfin, une copie dactylographiée de la note fut conservée par le premier directeur, Henri Fluchère, ainsi que l’enveloppe dans laquelle il la reçut à son domicile marseillais, 438 rue Paradis, le cachet de la poste portant la date du 27 juin 1946.

 

Une étape importante dans la création de la Maison fut la mise en place de sa gouvernance, dont deux comités, un parisien et un oxonien. À l’origine, rien ne prévoyait pourtant la constitution d’un comité oxonien. Ce comité, présenté officiellement comme ayant des missions d’aide et de conseil auprès du directeur, fut en fait issu d’une querelle avec la Taylor Institution qui en fit clairement une condition pour ne pas opposer son veto au projet de Maison Française : « The action taken in this case will certainly serve as a precedent, and unless an endless series of foreign institutes in Oxford owing exclusive allegiance to foreign ministerial or quasi-ministerial bodies is envisaged it is vital to provide for the necessary control », comme l’expliqua Alfred Ewert au Registrar, Douglas Veale, fin 1945. Ce « contrôle » à exercer sur une institution perçue comme l’émanation d’un pouvoir étranger provenait des administrateurs de la Taylorienne, professeurs de langues et de civilisations étrangères, dont le soutien était vital.

Ce comité ne fut donc proposé à Gustave Roussy que relativement tard, en janvier 1946, mais ce dernier en accepta le principe immédiatement. Il était composé du Vice Chancellor, du détenteur de la Chaire de Littérature Française Maréchal Foch, du fellow chargé de l’intégration des étudiants français dans les colleges, d’un membre de l’Hebdomadal Council, d’un représentant des curators de la Taylor Institution, de deux membres de la faculté Medieval and Modern Languages et d’un membre de la faculté d’histoire moderne.

Côté parisien, les choses étaient déjà bien engagées et la composition du comité fut arrêtée par décret de l’Université de Paris le 5 avril 1946, soit un an avant celle du comité oxonien (14 mai 1947). Y figuraient le recteur de l’Académie de Paris, le Directeur Général des Relations Culturelles (Ministère des Affaires Étrangères), le Directeur des Relations Culturelles avec l’Étranger (Ministère de l’Éducation Nationale), le Directeur de l’Office National des Universités et Grandes Écoles, les Doyens des Facultés de Lettres, Sciences et Droit de la Sorbonne, Floris Delattre (Professeur de Langue et Littérature anglaises à la Sorbonne), Claude Schaeffer. Un résident parisien, comme le directeur du British Institute, fut un temps envisagé pour représenter Oxford mais c’est finalement Cecil Maurice Bowra, le flamboyant Warden de Wadham College, qui fut désigné.

La première date qui peut être considérée comme date de création de la Maison Française d’Oxford est donc le 15 juin 1946, première séance du comité directeur parisien. Cette séance devait se tenir le 18 mai mais elle fut reportée au 15 juin, en raison de l’indisponibilité de Bowra. La mise à l’ordre du jour de l’organisation générale de la Maison, du budget et de la nomination du premier directeur, tous trois dûment préparés par Schaeffer, marquait la fin de la mission officielle à laquelle il avait consacré tant d’efforts depuis plusieurs années. Sa lettre à Gustave Roussy se lit comme une lettre d’adieu, en « ce 15 juin 1946, qui voit la naissance de la Maison Française d’Oxford ».

 

4. 1946-1947 : Enter Mr and Mrs Fluchère

Henri Fluchère (1948)
Créateur : Westmoreland Studios
Recto : [Tampon] « Photography by/Westmoreland Studios/130 High St, Oxford./’phone 48186 [Crayon] 3358F
© Westmoreland Studios - Archives MFO 
Marie-Louise Gravagne Fluchère (1996)
Créateur inconnu - Archives MFO
Photographies reproduites avec la permission d'Isabelle Barber

Cinquante ans séparent ces deux photographies du couple Fluchère. La première, très construite (cigarette éteinte, papier blanc...), montre Henri Fluchère, parfaite réplique du don oxonien, en costume de tweed à son bureau du 72 Woodstock Road. Datée à l’encre bleue du 8 juin 1948, soit quatre jours à peine après l’inauguration officielle de la MFO, elle porte une dédicace à son assistante, probablement Catherine Doctorow. Le cadre blanc qui l’entoure encore dans les archives de la MFO laisse à penser que certains clichés étaient destinés à être reçus en cadeau et peut-être Henri Fluchère les avait-il fait préparer pour remercier le personnel pour son investissement dans les préparatifs de l’inauguration. La seconde photographie, prise en 1996 lors du Gaudy (cérémonie marquant le cinquantenaire de la Maison) montre Marie-Louise Gravagne-Fluchère dédicaçant son ouvrage, La Maison Française à Oxford il y a cinquante ans (1946-1996). Hommage à Henri Fluchère Directeur-Fondateur. Marie-Louise Fluchère (seconde épouse d’Henri Fluchère, veuf d’Yvonne Le Norcy) avait rejoint la Maison Française en octobre 1948, d’abord comme assistante-bibliothécaire. Elle épousa Henri Fluchère en 1959 et poursuivit sa carrière d’angliciste à l’Université d’Aix-Marseille.

 

La seconde date qui peut être considérée comme la date de création de la Maison Française est celle de la promulgation du décret officiel par l’Université d’Oxford, le 22 octobre 1946 (publié dans l’Oxford Gazette le lendemain). C’est Oxford qui prit l’initiative et promulgua le décret, mais la réalisation et le financement étant français, la MFO y est présentée comme émanant de la volonté parisienne : « Whereas the University of Paris desires to establish in Oxford a Maison Française [...] ». L’Oxford Times, s’en fit l’écho en titrant sur une « offre parisienne » (« Paris Offer ») et en insistant sur un « geste généreux et noble de la part de l’Université de Paris (« a generous and noble gesture on the part of the University of Paris »).

Le choix du premier directeur concentra tous les efforts. On ne sait pas combien de candidats furent envisagés. C’est en tout cas René Varin, conseiller culturel de l’ambassade et lui-même agrégé d’anglais, qui conseilla que l’on se tourne en priorité vers un angliciste. Henri Fluchère, alors membre du jury de l’agrégation d’anglais, où l’avait coopté Floris Delattre, membre du comité directeur parisien, fut nommé lors de la première réunion du comité le 15 juin 1946. C’est Delattre lui-même qui fut chargé de présenter son parcours devant le comité.

Fluchère prit officiellement ses fonctions au 1er octobre de la même année. Il avait déjà 48 ans, n’était pas docteur, mais disposait de nombreux autres atouts, au premier rang desquels sa connaissance du milieu collégial, puisqu’il avait été lecteur à Gonville and Caius College (Cambridge) entre 1921 et 1925. Agrégé d’anglais (1924) et professeur au lycée Thiers où il eut comme élève Louis Ducreux, il était aussi homme de théâtre. Ayant fondé en 1931 la compagnie du Rideau Gris, à Marseille, avec Ducreux et André Roussin, Fluchère y adapta des pièces du répertoire anglais pendant une décennie, tout en écrivant ses propres productions sous le pseudonyme Paul Rivert, utilisé quand il estimait une publication un peu trop sulfureuse. Fluchère avait contribué aux Cahiers du sud dès 1925, et avait déjà à son actif de prestigieuses traductions de Jean Giono, d’Henry Miller, et de T. S. Eliot. Enfin, son engagement au service de la France n’était plus à démontrer : mobilisé en 1917, engagé dans la Résistance en 1944, dont il fut d’ailleurs le porte-parole lors de la rentrée universitaire de l’Université d’Aix-Marseille en 1945. Peu après sa nomination à Oxford, Fluchère devint conseiller municipal puis maire de Sainte-Tulle (Alpes-de-Haute-Provence) tout en poursuivant un mandat de Conseiller Général du canton de Manosque jusqu’au début des années 1950.

Homme de lettres, fin connaisseur de la culture anglaise, comme des cercles littéraires et artistiques français, résistant et figure politique locale, Fluchère correspondait en tout point à l’idéal de l’homme de culture et de convictions, que recherchaient les membres du comité parisien, convaincus de la nécessité de trouver pour Oxford un « humaniste » plutôt qu’un « homme de science ».

Fluchère fut rapidement intronisé dans le sérail oxonien : en 1947 on lui conféra un M.A et Exeter College l’admit comme fellow. La correspondance de la fin des années 1940 ne tarit pas d’éloges. On loue son tact, sa patience, son opiniâtreté face aux défis, son énergie, les « succès » qu’il remporta dans un milieu réputé difficile à pénétrer et qui forçaient l’admiration. Le « rodage » de la MFO, terme employé dans les archives pour désigner les premiers mois de fonctionnement de la Maison, se poursuivit donc sans difficultés « morales », comme le rappela Henri Fluchère dans ses premiers rapports, mais dans des conditions matérielles plus que décevantes.

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