Les premiers lieux: Beaumont Street, Woodstock Road et Westbury Lodge

Les débuts de la MFO, dans une Angleterre exsangue au sortir de la guerre, furent placés sous le signe de la débrouille. Jusque dans les années 1950, alors même que la MFO jouissait d’une belle demeure à Woodstock Road pour y déployer le faste de ses garden parties, les restrictions quotidiennes imposées aux personnels, comme aux résidents, se faisaient, en coulisses, durement sentir. Mais l’énergie du directeur, Henri Fluchère, du directeur-adjoint, Roger Hibon, et d’une remarquable équipe autour de Gilberte Delahaye, Catherine Doctorow, Marie-Louise Gravagne et de jeunes diplomées d’Oxford, fit de la MFO, en quelques années, une institution incontournable dans le paysage oxonien – et au-delà.

1. 28 Beaumont Street : « aspect provisoire, simple et même pauvret »

28 Beaumont Street (2021)
© MFO

Aucune photographie ne subsiste de la première incarnation de la MFO au 28 Beaumont Street, qu’Henri Fluchère découvrit en octobre 1946, au seuil d’un hiver particulièrement rigoureux. Il est peu surprenant que personne n’ait cherché en à conserver le souvenir car malgré une belle adresse, les locaux étaient pour le moins spartiates : « La maison actuelle comporte un rez-de-chaussée, deux étages et un sous-sol. Elle est de grandeur médiocre, et n’a que deux pièces habitables par étage. Le mobilier est du genre meublé habituel, c’est-à-dire sans style, hétéroclite, usé et parfois sale ». Sans compter que les rationnements encore en vigueur rendaient impossible l’achat de textile et qu’il fallait donc fonctionner sans torchons ni serviettes, linge de toilette ou rideaux. Fluchère invitait donc ses hôtes de passage et les autorités de l’Université à déjeuner ou à dîner de l’autre côté de la rue, au Randolph. Claude Schaeffer n’était pas davantage impressionné par Beaumont Street, encore qu’il réussît à en louer la simplicité, de bon ton dans le climat d’austérité d’après-guerre : « Il n’est pas tellement important si notre Maison à l’heure actuelle, ait l’aspect provisoire, simple et même pauvret. Nos amis d’Oxford trouvent cela tout à fait normal dans la situation actuelle, au contraire, trop de luxe pourrait seulement les indisposer, car ils connaissent eux-mêmes les difficultés de joindre les deux bouts ».

 

Dès qu’apparut l’idée de créer un French Hall, en 1943-1944, la question de sa localisation s’était immédiatement posée et il avait déjà été question de choisir un terrain « dans le nord d’Oxford, région de Banbury road ». Lorsque l’idée d’un college fut abandonnée, trouver une maison plus proche du centre ville devenait envisageable, malgré la pression considérable sur l’immobilier oxonien après-guerre.

Mi-1945, Claude Schaeffer évoqua donc la possibilité de s’installer plutôt « non loin du Centre des Colleges », dans un bâtiment avec garage et jardin. Or Schaeffer doutait qu’on puisse trouver un lieu assez grand et suggéra de louer et de transformer deux bâtiments voisins : le premier accueillerait la bibliothèque (servant aussi de salle de conférences), la salle à manger, le club-room, le fumoir, ainsi que les appartements du directeur ; le second serait consacré à l’hébergement des étudiants et aux chambres des invité.e.s. Ces deux ailes de la Maison, correspondant à une séparation des espaces publics et privés, fonctionnel et résidentiel, se retrouveront vingt ans plus tard, dans les premières ébauches de Norham Road.

À défaut de trouver deux bâtiments, Schaeffer apprit en janvier 1946, via Alfred Ewert et Cecil Maurice Bowra, que le bail d’une propriété de St John’s, le Blackhall (bail alors détenu par le chirurgien Henry Souttar) allait devenir disponible. Il s’agissait de l’une des plus belles demeures d’Oxford, nichée au cœur même de la ville, dans l’opulente avenue de St Giles. Mais il fallait faire vite car le British Council était intéressé. Malgré les efforts du conseiller culturel René Varin, celui-ci ne put faire débloquer les £2.000 nécessaires à temps. C’est ainsi que le bâtiment échappa de peu à la MFO dont tout le monde avait espéré qu’elle puisse ouvrir dans un lieu appartenant à St John’s, college le plus étroitement lié à son histoire.

Malgré l’aide de son President, Cyril Norwood, d’Arthur McWatter, Secretary of the University Chest, et du Vice Chancellor, Richard Livingstone, en personne, rien d’adéquat ne fut trouvé pour remplacer le Blackhall et on dut se résoudre à loger la MFO au 28 Beaumont Street, après avoir envisagé de reporter son ouverture de quelques mois. C’est René Varin lui-même qui loua « de sa propre autorité », une « maison meublée fort bien située mais dont l’intérieur assez délabré ne saurait convenir à notre entreprise ». Fluchère pouvait au moins compter sur un embryon d’équipe : Roger Hibon fut recruté en tant que directeur-adjoint et Gilberte Delahaye en tant que secrétaire de direction.

Si la MFO avait été privée de mission d’enseignement, des étudiants britanniques devaient y loger (la première promotion d’étudiantes date de 1962). Ils étaient censés y respirer une « atmosphère française » et un « goût français ». L’objectif était double : tisser des amitiés durables entre générations d’étudiants européens mieux à même d’empêcher de nouveaux conflits, et faire en sorte que non seulement les futurs dirigeants politiques, mais également les futurs capitaines d’industrie, se tournent en priorité vers la France au moment de la signature de contrats. Après l’échec du Blackhall, trouver une vitrine du goût français devenait donc très urgent. C’est cette fois grâce à St Hugh’s que la MFO trouva son premier écrin, au 72 Woodstock Road. La demeure, aujourd’hui résidence des Principals, était surnommée « The Shrubbery ».

2. The Shrubbery, 72 Woodstock Road : « la belle apparence »

Membre du personnel (non identifiée, 1949)
Créateur inconnu - Archives MFO
Jean Cocteau et W. H. Auden sur le perron de « The Shrubbery » (1956)
Créateur inconnu - Archives MFO

En décembre 1947, la MFO emménagea au 72 Woodstock Road, dans une demeure louée par St Hugh’s surnommée « The Shrubbery », où elle allait rester jusqu’à l’été 1963. La première photographie fait partie d’un lot de deux, montrant la même personne, en situation de travail « au grand bureau », puis à son propre bureau, prises à l’été 1949. C’est l’un des rares clichés que l’on possède de l’intérieur du 72 Woodstock Road et de membres de l’équipe à la fin des années 1940. La seconde photographie fut prise quelques années plus tard, le 12 juin 1956. Composée à la manière d’un triptyque on y voit, à gauche, Henri Fluchère, accueillant des invités sur le perron, une main dans la poche et un chien à ses pieds, tandis qu’à droite, Jean Cocteau et W. H. Auden conversent gaiement. Des membres du personnel de la MFO, ainsi que la fille d’Henri Fluchère, Monique, font le lien entre les deux groupes. Marie-Louise Gravagne-Fluchère, au milieu, en blanc, est la seule à capter l’œil du photographe. Cette photo ne fait pas partie des clichés plus connus de Cocteau et d’Auden en toge et mortier, lors de la garden party de l’après-midi, suite à la remise du doctorat Honoris Causa à Cocteau (et au recteur de l’université d’Aix-Marseille, Jules Blache), le matin même. Prise soit avant, soit après les festivités, ce cliché, plus intime, n’a pas été conservé avec autant de soin que les photos professionnelles ; il fut retrouvé en 2020 au fond d’une armoire, dans une feuille de papier blanc retenue par deux trombones.

 

Le 72 Woodstock Road (propriété de St John’s qui le céda à St Hugh’s en 1951) avait été réquisitionné pour servir de club à l’armée américaine puis pour abriter différents services gouvernementaux. À la fin de la guerre, l’Université d’Oxford avait souhaité le rénover pour y installer son Institut de Statistique mais il fallait obligatoirement dans ce quartier-là qu’une partie soit résidentielle. Le projet de la Maison Française tombait donc à pic. Dès le premier coup d’œil, la MFO semblait tenir là « un immeuble idéal » : « C’est une maison de belle apparence, en retrait de la route, avec une pelouse de bonne étendue côté sud et couchant. Elle comprend un rez-de-chaussée avec une grande entrée et trois vastes pièces, tout indiquées pour une installer une bibliothèque, une salle de lecture, et le salon de réception ; un premier étage avec sept ou huit pièces de grandeur convenable, où l’on trouverait facilement la place de loger les trois ou quatre étudiants prévus. La cuisine, les communs et les dépendances sont à l’avenant de la maison », rapporta Henri Fluchère.

St Hugh’s s’était proposé d’effectuer le gros des travaux de réhabilitation au cours de l’été et de l’automne 1947. Tout l’intérieur, restrictions obligent, serait repeint en couleur crème. Restait aux Relations Culturelles à trouver les fonds nécessaires pour l’aménagement intérieur et les meubles, la création d’une « atmosphère française » passant tout d’abord par la décoration. Le Ministère envoya donc en mission une bien-nommée Madeleine Doré, décoratrice d’intérieur du 16e arrondissement, pour aider Henri Fluchère à préparer les devis au plus juste, en fonction du « goût » mais aussi de la « solidité » et du « caractère pratique » du mobilier – devis qui se monta tout de même à près de trois millions de francs « en première urgence ». Les meubles, les rideaux, le linge, les services de vaisselle, n’arrivèrent de Paris que des mois plus tard. Certains achats durent donc encore relever de la « débrouille » locale, comme les 100 mètres de « tapis marron » fabriqué par Rolls-Royce avant-guerre, mais abîmés durant leurs années de stockage. Fluchère en fit l’acquisition au rabais pour en recouvrir les escaliers, les couloirs du premier étage et trois chambres.

Les chambres furent nommées d’après les régions de France : Ile-de-France, Anjou, Aquitaine, Bourgogne, Bretagne, Dauphiné, Franche-Comté, Languedoc, Navarre, Provence. Le bureau du directeur était baptisé Sainte-Tulle, du nom du village des Basses-Alpes dont Henri Fluchère était maire. Les pièces devaient avoir une tonalité différente avec des tapis, fauteuils et rideaux assortis : vert pour Aquitaine, rose pour Navarre, bleu pour Languedoc et Dauphiné, rouille pour Sainte-Tulle...Fluchère prolongera cette esthétique fondée sur les accords de couleur jusque dans les rayons de la bibliothèque qui devaient participer à l’impression générale d’harmonie.

Pour que règne le « meilleur goût français » à la MFO, il fallait par ailleurs bannir les « styles ultramodernes et extravagants » – un choix radicalement différent de celui qui présida à la création de Norham Road vingt ans plus tard. Fluchère choisit dans les réserves du Mobilier National des secrétaires, des commodes et une armoire Louis Philippe, ainsi qu’un salon Louis XV (un canapé, quatre chaises, quatre fauteuils et un écran de cheminée), « provenant de l’Élysée », qui, lui, resta à la MFO jusqu’en 1995.

Les années 1950 furent marquées par la création « d’un intérieur français de la meilleure tenue »: les pensionnaires (qui ne devaient pas prononcer un mot d'anglais dans l’enceinte de la Maison sous peine d’amende) vivaient en symbiose avec le personnel et le directeur et cette communauté fut bien celle d’une « maison », d’un « intérieur », ou d’un « home ». On apprit très tôt à la MFO à se méfier d’un luxe ostentatoire, certes par nécessité : ce sont les termes « charme », « discrétion », « simplicité », « élégance » qui reviennent dans les archives pour décrire « The Shrubbery ». Signe, peut-être, de l’effet recherché, c’est chez Hermès qu’on commanda le premier Livre d’or, en veau végétal naturel, cousu main.

3. L’inauguration : « prestige et bonne renommée »

Menu, dîner d’inauguration de la MFO, 4 juin 1948
© MFO - Archives MFO

La troisième date qui marque les débuts de la MFO est le 4 juin 1948, inauguration officielle dans les jardins de « The Shrubbery », sous la forme d’une première garden party, dont la MFO conserve encore la tradition. C’est Lord Simon, High Steward de l’Université d’Oxford, qui coupa le ruban tricolore. La BBC en fit un reportage, diffusé en France. Curieusement, aucune photo n’a survécu dans les archives de la MFO mais on voit ici le menu du dîner officiel, sachant qu’un autre dîner se tenait au même moment en parallèle, à Christ Church. Imprimé en français, comme il se devait, on y détecte les imperfections matérielles d’une réalisation encore artisanale, les accents graves et aigus rajoutés a posteriori. Les plats (pamplemousse, saumon, poulet rôti) semblent modestes mais ce ne fut ni faute de crédits ni faute d’avoir voulu donner un éclat particulier à la journée : 5% du budget annuel de 1948, soit près de £260, furent réservés au seul jour de l’inauguration.

 

Henri Fluchère ne pouvait pas faillir le jour de l’inauguration : « Nous apporterons à cette cérémonie tous nos soins, car nous voudrions que l’installation officielle de la Maison Française à Oxford fût entourée de tout l’éclat susceptible de lui donner prestige et bonne renommée, tant par la haute qualité des personnalités invitées que par la parfaite ordonnance du déroulement de la journée ». La date avait été retenue non seulement pour ne faire concurrence à aucun événement du calendrier universitaire, toujours chargé en fin d’année, mais également pour commémorer le débarquement de Normandie. Et pour briller davantage, il fit en sorte que l’Oxford University Arts Club organise dans le salon une exposition de peintres français du XIXe dont les tableaux avaient été prêtés par des collectionneurs privés d’Oxford et des environs. Peut-être Fluchère avait-il anticipé (voire orchestré ?) une possible confusion dans la presse quant à l’appartenance de ces tableaux.

Mais l’inauguration eut ses absents. Le Chancellor de l’Université d’Oxford, Lord Halifax, ne souhaita pas faire le déplacement et demanda au Registrar, Douglas Veale, de le tirer d’embarras. C’est ce dernier qui suggéra à Fluchère de se tourner plutôt vers Lord Simon. Avec l’accord de l’Ambassadeur René Massigli, Fluchère invita ensuite Clement Attlee, qui ne vint pas non plus. À cette occasion, le directeur prit d’ailleurs quelque liberté avec le statut de la MFO qu’il n’hésita pas à qualifier de « dernier collège incorporé dans l’Université d’Oxford » (« latest college incorporated in the University of Oxford »).

Les festivités durèrent toute la journée. La matinée débuta par les allocutions de Lord Simon, William Stallybrass (le Vice Chancellor ayant succédé à Richard Livingstone en octobre 1947), René Massigli et le recteur Jean Sarrailh. Ce fut aussi le temps des récompenses. Massigli remit la Légion d’Honneur à Livingstone et Stallybrass, à Evelyn Procter, Principal de St Hugh’s qui avait facilité l’installation à Woodstock Road, à Alfred Ewert et Cecil Maurice Bowra, ainsi qu’à T. S. Eliot, dont Fluchère avait traduit Murder in the Cathedral, et Enid Starkie. Au grand dam de Claude Schaeffer, on oublia H. A. R. Gibb, principal artisan du projet à ses côtés. Schaeffer blâma Henri Fluchère pour cet oubli et refusa dans un premier temps de se rendre à Oxford pour l’inauguration. Les relations jusque là franchement cordiales entre les deux hommes en pâtirent et dix ans plus tard, lorsque Fluchère chercha l’appui de Schaeffer pour l’acquisition du terrain de Norham Road, leur correspondance porte encore les traces de l’« affaire ». Un autre acteur-clé du projet MFO, Gustave Roussy, avait été quant à lui démis de ses fonctions à la suite du prétendu scandale financier qui le poussa ensuite au suicide.

Suite à deux déjeuners parallèles, l’un à Wadham, l’autre au Roebuck Inn, dans l’après-midi, on remit des doctorats Honoris Causa à René Massigli, à Floris Delattre, Professeur de littérature et de civilisation britanniques à la Sorbonne, et à Jean Sarrailh, à la Divinity School, juste avant la garden party. La journée se conclut par deux dîners, toujours en parallèle, l’un à la MFO, l’autre cette fois à Christ Church, et par une réception en soirée, à la MFO.

L’impression de devoir faire beaucoup avec peu qui domine la lecture du menu d’inauguration et des premiers rapports d’activité, est davantage liée à la situation économique du pays qu’au manque d’ambition de la diplomatie culturelle : régulations drastiques des importations, manque de matières premières, rationnement, pénurie de personnel, etc. Il fallait toute l’énergie et l’imagination d’Henri Fluchère et de son équipe pour pallier les carences. Les vins et liqueurs quasiment introuvables ou à des prix prohibitifs, étaient par exemple envoyés par des négociants que Fluchère démarchait, parfois en faisant jouer ses relations méditerranéennes : juste avant la garden party, il avait reçu à titre gracieux une caisse de Pastis, deux caisses d’apéritif Cap Corse, ainsi que 50 kg de savon de Marseille.

4. Westbury Lodge : le repli victorien

Westbury Lodge et les maisons victoriennes démolies, 1-10 Norham Road (non dat.)
© MFO - Archives MFO

Dès le milieu des années 1950, Henri Fluchère comprit qu’il allait falloir soit étendre « The Shrubbery », soit en partir, étant donné la pression engendrée par une bibliothèque qui s’enrichissait de plus de 1000 volumes chaque année. À l’été 1963, il fallut bien se résoudre à faire les cartons, au moment même où le couple Fluchère devait rejoindre définitivement la France et où le nouveau directeur, Auguste Anglès, prenait ses fonctions. En attendant de la construction d’un nouveau bâtiment dont la première pierre avait été posée en 1962, toutes les activités de la Maison Française durent se replier dans les quelques pièces d’une maison victorienne que St John’s avait cédée en même temps que les numéro 1-10 de Norham Road : Westbury Lodge. Il fallut également y loger les meubles, ainsi que les 17.500 volumes de la bibliothèque. La MFO resta quatre ans à Westbury Lodge, de 1963 à 1967. Étant donné les retards dans la construction du nouveau bâtiment, et en pleine négociation pour l’entrée du Royaume-Uni dans la CEE, des rumeurs couraient à Oxford sur le manque de volonté du gouvernement français pour continuer à faire vivre la MFO.

 

Le bail du 72 Woodstock Road expirant en septembre 1960, Henri Fluchère prit les devants dès 1953, pour négocier les termes de son renouvellement. Malgré le charme de la propriété, trois inconvénients s’étaient fait jour : les coûts de maintenance élevés ; la croissance exponentielle de la bibliothèque ; l’impossibilité de loger plus de cinq étudiants, ce qui limitait l’influence de la MFO sur les jeunes Britanniques et, plus prosaïquement, les recettes.

Fin 1953, l’architecte de l’Ambassade de France, Hector Corfiato, proposa des plans pour agrandir la bibliothèque et construire de nouvelles chambres, plans acceptés par St Hugh’s avec des modifications, mais la Direction des Relations Culturelles estima finalement que le coût des travaux ne pourrait pas être amorti, malgré la proposition d’un nouveau bail de 21 ans.

C’est alors que fin 1956, St John’s proposa de céder, en pleine propriété (freehold), un terrain de 5000m2 situé à Norham Road sur lequel étaient édifiées une maison « simple » (Westbury Lodge), et cinq maisons « doubles » portant les numéro 1 à 10. Fluchère vit immédiatement l’opportunité de réaliser le rêve des fondateurs et de pérenniser le bâti. Le projet fut accepté par le comité oxonien de mai 1957 mais restait à convaincre la France d’investir. Fluchère pouvait compter sur le soutien de René Varin, de l’Ambassadeur Jean Chauvel et de Gaston Berger (Direction de l’Enseignement Supérieur). Roger Seydoux, Directeur des Affaires Culturelles et Techniques, fit le déplacement pour la garden party de 1958 et c’est par télégramme du Ministère, le 21 juin, que Fluchère apprit qu’il pouvait enfin faire part à St John’s de l’accord ferme de la France. La vente définitive eut lieu le 12 mai 1959, suite à l’inscription de la MFO dans le plan quinquennal d’expansion culturelle et à la création d’un trust (Oxford French Trust). Jamais St John’s ne revint sur sa décision de donner la priorité à la MFO, étant donné le rôle historique que le College avait joué dans la création de la Maison, avec Claude Schaeffer et H. A. R. Gibb.

Les baux emphytéotiques des n°1 à 10 expiraient entre 1959 et 1962, laissant espérer que la MFO puisse se replier sur une ou plusieurs maisons. Or tous les projets de réhabilitation se révélèrent trop coûteux. St Hugh’s se montra compréhensif et accepta finalement que la MFO reste à Woodstock Road jusqu’au 30 juin 1963. Pour dédommager le collège, il fut décidé qu’en 1962-1963, Fluchère accepterait en résidence la toute première cohorte d’étudiantes de la MFO, soit quinze ans après son ouverture. La seconde arriva en 1969 et 1970, suite à quoi la MFO alterna entre des résidences masculines et féminines

C’est donc à l’été 1963 qu’on déménagea à Westbury Lodge, dont il fallut racheter le bail qui n’expirait qu’en 1966. Les livres et les meubles s’entassèrent tant bien que mal des mansardes aux écuries ; Exeter College prit le piano ; la bibliothèque de Nuffield College les périodiques. À l’heure du départ, Henri Fluchère se voulut optimiste : « Il est désormais certain qu’on peut écarter l’idée, un moment envisagée, d’un fonctionnement réduit. La transition sera ainsi facilitée sans le moindre dommage pour notre prestige, ni pour notre action culturelle » (23 juillet 1963). Cinq mois plus tard, le premier rapport d’activité d’Auguste Anglès parle, au contraire, d’une maison exiguë, vétuste et sans chauffage, d’un terrain en friche dont les murs s’écroulaient, qui attiraient les « observations » des voisins, voire de la police, d’activités culturelles au point mort et d’une maison délaissée par ses forces vives : non seulement par les étudiant.e.s mais également par le personnel qui partit de son propre chef dans le sillage des Fluchère ou dont les contrats ne furent pas renouvelés. Les problèmes, par ailleurs, s’accumulaient autour de la construction du bâtiment. Auguste Anglès quitta Oxford avant la fin de son mandat et la MFO resta plusieurs mois sans directeur.

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